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  • Photo du rédacteurDamien Valverde Forestier

La fête des Mères : entre tradition populaire, fête commerciale et outil politique

La fête des Mères fait partie de ces évènements qui s’inscrivent dans une évolution historique et sociale et, pourtant, on n’en retient que les plus récentes évolutions, ce qui contribue à véhiculer nombre d’idées reçues. Que célèbre-t-on exactement pour la fête des Mères ? Dans quel(s) but(s) ? Nous allons voir que les réponses à ces questions dépendent de l’époque à laquelle on se place.


Depuis quand célèbre-t-on la fête des Mères ?


Les origines de la fête des Mères sont bien plus anciennes que ce que l’on pense habituellement puisqu’il faut remonter à l’Antiquité, d’abord grecque puis romaine, pour en trouver les premières occurrences.


Chez les grecs, il s’agissait de célébrer les « déesses-mère » que sont Gaïa et Rhéa. La première est plutôt connue, c’est la déesse de la Terre. Avec Ouranos (dieu du Ciel), ils engendrent Rhéa qui sera elle-même la mère des principales divinités du panthéon grec que sont Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus.


Par la suite chez les romains, les festivités prennent le nom de Matronalia et célèbrent, le 1er mars de chaque année, la naissance de Rome, le Printemps, les enfants et les Mères. Le vocable de Matronalia vient du latin Matrona qui signifie « Mère de famille » et qui donnera le terme de « matrone » en français qui a aujourd’hui une connotation plutôt péjorative.


Les débuts de l'appropriation religieuse


À la chute de l’Empire romain, c’est le Christianisme qui reprend à son compte ces célébrations, mettant en avant le culte marial, de la Mère du Christ, idéal maternel qui rappelle à toutes les femmes que leur vocation première est d’enfanter.


Le caractère religieux de cette célébration va perdurer jusqu’au XIXème siècle mais va connaitre son apogée au XVème siècle. À cette époque le quatrième Dimanche de Carême est l’occasion pour les chrétiens du Royaume-Uni et d’Irlande de célébrer le «dimanche de la maternité» (Mothering Sunday). Cette fête permet alors, aux domestiques notamment, d’obtenir un jour de congé afin de se rendre à l’église et visiter sa famille.


Les prémices d'une fête commerciale


La dimension religieuse de cette fête se perd définitivement au début du XXème siècle. En effet dès 1905 une certaine Anna JARVIS, enseignante et militante américaine, souhaite rendre hommage à sa mère décédée et se donne pour mission d’institutionnaliser la Fête des Mères. C’est ainsi qu’en 1914 le gouvernement américain institue officiellement le Mothers’ day (Jour des Mères) et fait du 2ème dimanche du mois de mai un jour férié réservé aux mères.


La laïcisation de cette fête contribue à son rayonnement international et commence à prendre une tournure commerciale alors qu’elle est célébrée non seulement aux États-Unis mais également au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, en Finlande ou encore en Turquie.


Et en France alors ?


Contrairement aux idées reçues, en ce qui concerne la France la paternité de la Fête des Mères ne revient pas au Maréchal Pétain, bien qu’il joue un rôle comme nous le verrons plus loin.

Bien que l’idée ne se soit pas concrétisée alors, il semble que le premier à avoir souhaité instaurer un jour particulier pour célébrer les Mères ait été Napoléon. Cela peut surprendre en effet si l’on considère qu’il instaure dès 1804 un tout nouveau Code civil, nous servant toujours de base aujourd’hui, qui soumet la femme à l’autorité de son époux, la considérant comme mineure aux yeux de la loi et la limitant aux rôles de procréation et d’éducation.

Il faut cependant attendre la IIIème République pour que les choses se concrétisent davantage en France. À cette époque la France connait un fort ralentissement démographique alors que ses voisins, notamment l’Allemagne, connaissent à l’inverse un envol de leur natalité.

Certains considèrent que la diminution de la natalité nuit au rayonnement de la France, de la langue française et même au développement de l’agriculture comme de l’industrie. Ainsi des groupements commencent à apparaitre tel que « L’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française ». Elle est fondée en 1896 à l’initiative de Jacques BERTILLON (statisticien et démographe) qui propose la célébration chaque année, dans toutes les villes de France, d’une « Fête des enfants » en hommage aux familles nombreuses.


Émile ZOLA fera également parti de cette mouvance et s’engagera pleinement dans le projet nataliste en publiant un vif plaidoyer dans Le Figaro du 23 mai 1896 :

« Ô mères françaises, faites donc des enfants, pour que la France garde son rang, sa force et sa prospérité, car il est nécessaire au salut du monde que la France vive, elle d’où est partie l’émancipation humaine, elle d’où partiront toute vérité et toute justice ! »

Il s’empare également de ce sujet dans son roman Fécondité qui constituera le premier volet du cycle « Les Quatre Évangiles ».

Bien que plusieurs s’en dispute l’honneur il semblerait que la première Fête des Mères à avoir été célébrée en France l’ait été le 10 juin 1906 : le collectif familialiste isérois : «l’Union fraternelle des pères de famille méritants d’Artas» célèbre ainsi la «Journée des mères de familles nombreuses ».

Ce n’est pourtant qu’avec la Première Guerre Mondiale et l’influence des soldats américains et de leur Mothers’ day que la Fête des Mères parvient à s’implanter durablement en France. Ainsi le 19 juin 1918, la Ville de Lyon organise la toute première « Journée des Mères ».


L'appropriation politique


Bien que le Maréchal Pétain ne soit pas à l’origine de la Fête des Mères en tant que telle, c’est bien lui qui va saisir l’occasion d’alimenter la propagande du Régime de Vichy avec cet évènement pourtant populaire.

Ainsi dans le cadre de la nouvelle devise nationale : « Travail, Famille, Patrie », le Maréchal Pétain instaure à compter du 25 mai 1941 la « Journée nationale des Mères » afin de pouvoir célébrer et récompenser toutes les mères, y compris celles n’ayant eu qu’un seul enfant.

La volonté du régime de Vichy est alors de promouvoir les valeurs familiales incarnées par la mère et de poursuivre le projet familialiste.

L’entrée officielle de la Fête des mères dans le calendrier républicain devient définitive par la promulgation, par le Président Vincent AURIOL, de la Loi n°50-577 du 24 mai 1950 intitulée « Célébration de la fête des mères ».


Cette loi, toujours en vigueur à ce jour, fixe la date de la célébration au dernier dimanche de mai ou au premier dimanche de juin si la Pentecôte tombe au même moment.

 

En résumé, si la fête des Mères à des origines qui remontent à l’Antiquité grecque et romaine, elle a su perdurer au fil de l’histoire, sous différents prétextes et pour servir différents desseins. Bien qu’aujourd’hui on lui reproche son caractère souvent trop mercantile, il ne faut pas pour autant passer à côté d’une occasion de dire à sa mère combien elle compte pour nous.


P.S. : Préférez peut-être le bouquet de fleurs à l’ustensile ménager ! 😉

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